Le Cercle des Ornais de Paris

Ce Cercle a pour dessein de constituer sur la place parisienne un véritable réseau d’influence et d’excellence au bénéfice de l’Orne et des Ornais.

Chrystel Nadeau-Gonnet, la tête dans les nuages

A 32 ans, l’Ornaise compte parmi les rares femmes pilotes de chasse en France. Une passion pour le ciel et l’aviation née sur les pistes de l’aérodrome d’Alençon. Parcours.

 C’est ce qui s’appelle passer en coup de vent. Chrystel Nadeau-Gonnet a déjà survolé, à quelques occasions, l’aérodrome d’Alençon à bord de son Mirage F1. Un salut aux membres de l’Aéroclub qui, à plus de 800 h/km, ne dure pas plus de quatre secondes. « Ils savent que c’est moi, je les préviens », sourit-elle. Un clin d’œil à ceux qui l’ont vu évoluer jusqu’à devenir pilote de chasse, en 2005.

C’est dans l’Orne, où elle a grandi, que Chrystel Nadeau-Gonnet a commencé à voler de ses propres ailes. « Adolescente, j’ai eu envie de prendre de la hauteur, se souvient-elle. Voler, c’était comme un rêve pour moi ». Dès son entrée au lycée Alain, à Alençon, elle suit des cours, le mercredi après-midi pour obtenir son Brevet d’Initiation en Aéronautique. Un sésame pour apprendre à piloter au sein de l’aéroclub de la ville. Elle décroche son brevet de pilote privé, deux ans plus tard, à 18 ans à peine…

 « En tant que femme, je n’y avais pas pensé »

 Alors qu’elle participe au Tour de France des Jeunes Pilotes, en 1999, elle croise la route de Philippe Laloix, ancien pilote de chasse et membre de la patrouille de France. Il l’encourage à passer le concours de l’armée de l’air, la meilleure école, selon lui, pour apprendre à piloter. « En tant que femme, je n’y avais pas pensé », se souvient Chrystel Nadeau-Gonnet. Il faut dire qu’elles ne sont alors encore qu’une dizaine, depuis 1999, à s’être hissée dans le cockpit d’un… Mirage ! Un métier aussi passionnant qu’exigeant, physiquement et mentalement parlant, prévient la jeune femme. « Il faut rester concentré à chaque instant, tout calculer, tout prévoir avec dix longueurs d’avance ».

Aujourd’hui, elle porte jean, talons et rouge à lèvres. Mais sa tenue de travail, c’est la combinaison anti-G, le casque et le gilet de combat. Pas moins de dix kilos d’équipement à chaque vol. Pour parvenir à l’enfiler, il lui a fallu une détermination à toute épreuve. « Dans la vie, il faut se donner les moyens de ses ambitions, mettre toutes les chances de son côté », estime-t-elle. Alors, avant de se présenter au concours, qu’il n’est possible de ne passer qu’une seule fois et où chaque épreuve est éliminatoire, elle met toutes les chances de son côté.

Tractions, cordes, course, lancé : pendant un an, elle s’entraîne avec les pompiers de Caen, tout en préparant sa licence de Sciences Economiques et de Commerce International à l’Université. En juin 2011, les résultats tombent. Retenue. La seule femme sur 48 aspirants ! « L’aéronautique reste un monde très masculin mais, en tant que femme, on y est habituée, admet-t-elle. Il faut faire sa place, mais c’est pareil pour les hommes, chacun doit se faire accepter au sein de l’escadron ».

 « Finalement, tous ces sacrifices valaient le coup ».

 La formation de base d’un pilote de chasse dure quatre ans et demi en moyenne. Chrystel Nadeau-Gonnet fait ses classes à Salon-de-Provence, avant une formation théorique d’un an puis une formation au pilotage, sur TB30, à Cognac. En  2004, elle rejoint l’école de chasse de Tours pour ses premiers vols sur avion à réaction, un alpha jet. Après des centaines d’heures de vol, elle obtient son brevet de pilote de chasse, en juillet 2005. « J’ai reçu mon insigne des mains du Ministre de la Défense en personne, Michèle Alliot-Marie », se rappelle-t-elle. En avril 2009, après trois ans en tant qu’instructeur et une année à l’Ecole de Transition Opérationnelle de Cazaux, elle est mutée en escadron de chasse sur mirage F1, sur la base de Reims. « J’ai eu le sentiment que finalement, tous les sacrifices, toutes ces années de travail valaient le coup ». Aujourd’hui, après plusieurs missions et plus de 1500 heures de vol, Chrystel Nadeau-Gonnet va repartir à Cognac transmettre son savoir aux jeunes recrues. Son contrat avec l’armée se poursuit jusqu’en 2016. Elle s’envolera peut-être alors vers d’autres horizons.