Le Cercle des Ornais de Paris

Ce Cercle a pour dessein de constituer sur la place parisienne un véritable réseau d’influence et d’excellence au bénéfice de l’Orne et des Ornais.

Julien Cendres, le Phoenix du Perche

Installé à La Perrière depuis une vingtaine d’années, l’écrivain Julien Cendres s’est battu pour sauvegarder le patrimoine et le savoir-faire du village. En 2005, il consacrait un livre au Perche, l’un de ses plus beaux succès en librairie. Rencontre.

Il n’a pas la carrure pour monter sun un ring. Il n’empêche. Julien Cendres, 51 ans, est un combattant, un endurant. De ceux qui ne lâchent rien et finissent toujours par l’emporter au temps. La liberté – la sienne et celle des autres – a été la première des batailles qu’il a livrées, arrêté, en 1988, pour les lignes d’un poème (A la splendeur abandonné). Un épisode de censure qui suscita l’indignation d’intellectuels et d’écrivains qui se mobilisèrent pour lui, tels que Marguerite Duras ou Régine Desforges. Libé titrait « Faut-il brûler Cendres ? ». Alors forcément, il est homme à s’affranchir. Du temps – « je ne me souviens jamais des dates », prévient-il - des codes imposés et même de la géographie… Quand il est venu s’installer dans l’Orne, il y a vingt ans, on lui avait prédit « un suicide social ». « Aujourd’hui, trois de mes éditeurs vivent dans Le Perche », s’amuse-t-il.

Du Désert de Retz

Sur la place principale de La Perrière, sa maison est grande ouverte. L’ancienne boucherie, rachetée en 1992, est devenue salon de thé, restaurant, brocante et galerie. Les touristes y passent, les habitants y restent. Ça va, ça vient. « C’est ça d’habiter dans une maison publique », se plait l’écrivain.

Il aime les rencontres, souvent à l’origine de ses longs combats. « Le dénominateur commun à tous mes engagements, ce sont des sollicitations qui m’ont été adressées par d’autres et qui ont trouvé écho chez moi », analyse-t-il. C’est vrai, il s’est battu pour le Désert de Retz, ce jardin de Chambourcy menacé par les promoteurs, parce que c’était son terrain de jeu lorsqu’il était enfant. Mais aussi parce que Jules Roy, qui avait consacré un livre à cette jungle urbaine, lui en avait confié la mission. Après 20 ans de lutte pour que ce trésor ne soit pas rasé, le Désert de Retz fut sauvé en 1989, lorsque François Mitterrand le rattacha à ses Grands Travaux. Il signa d’ailleurs, en 1997, la préface du livre que Julien Cendres lui consacra, Désert de Retz, paysage choisi.

À La Perrière

L’autre combat de Julien Cendres fut pour La Perrière. Ce qui, au départ, ne devait être qu’une résidence secondaire, un bol d’air dans une vie parisienne devenue trop mondaine, se transforma vite en évidence. « Une fois l’été passé, impossible de rentrer à Paris ».

Quand il est arrivé dans le village, en 1992, « 60 % des maisons étaient fermées ou avaient été abandonnées avec la fermeture de la scierie », rappelle-t-il. Qu’importe. Il travaille avec Nicolas Gautier, architecte des Bâtiments de France pour faire classer La Perrière en Zone de Protection du Patrimoine Architectural et Paysager (le village est le 2e en France à l’obtenir), intègre le Comité d’élaboration de la politique culturelle du Parc Naturel du Perche.

Les liens se tissent, la confiance s’installe. « Un jour, deux dames sont venues me trouver pour que je les aide à sauver leur technique du filet, qui allait disparaître avec elles ». Nouveau round pour l’artiste. Le ministère de la Culture est alerté, un expert envoyé… Il s’agit, ni plus ni moins de Chantal Thomass. La créatrice tombe en arrêt devant le filet perlé. « Elle croyait que la technique avait déjà disparu ». Le savoir-faire était sauvé, et La Perrière gagnait une habitante. L’aboutissement de 20 ans de travail

En oublierait-il d’écrire dans tout ça ? « Certains écrivains sont dans une démarche de repli, moi au contraire, j’ai besoin de m’engager dans la vie de la cité ». Julien Cendres vient de sortir, en septembre, une nouvelle édition des œuvres complètes de Raymond Radiguet, ainsi que ses Lettres retrouvées. L’aboutissement de 23 ans de travail : 140 missives, pour la plupart inédites, écrites de janvier 1918 à octobre 1923, par celui qui reste connu pour Le Diable au corps. « Mais Radiguet n’a pas écrit que cela, souligne Julien Cendres. Il s’est essayé à toutes les formes artistiques – prose, poésie, théâtre. Il y entrait, à chaque fois, pour les détourner à son profit ». Encore un combat, littéraire cette fois.

© Aprim / Christelle Tophin

Bibliographie

  • Déserts…, avec le concours d’Anne Desfougères, photographies de Jean-Philippe Deboichet, éditions Les Lettres libres, 1982.
  • Solitudes foisonnières, éditions Les Lettres libres, 1985.
  • A la splendeur abandonné suivi de Affinités licencieuses, textes choisis, éditions Régine Desforges/Ramsay, 1991.
  • Le Désert de Retz, paysage choisi, en collaboration avec Chloé Radiguet, éditions Stock, 1997.
  • Femme selon Chantal Thomass, éditions Flammarion, 2001.
  • A la splendeur abandonné suivi de La Censure, conversation avec Marguerite Duras, éditions Joëlle Losfeld / Gallimard 2002.
  • Affinités licencieuses, textes choisis, éditions Mille et une nuits / Fayard, 2003.
  • Raymond Radiguet, un jeune homme sérieux dans les années folles, en collaboration avec Raymond Radiguet, éditions Mille et une Nuits / Fayard, 2003.
  • Le Pays de Perche, photographies de Christian Vallée, éditions Hermé / La Martinière, 2005.
  • Dimanche à Cuba, photographies de Christian Vallée, éditions Hermé / La Martinière, 2006.
  • Paysages de l’âme, huiles sur carton de Karibou, éditions Les Lumières du Vent, 2007

Et, en collaboration avec Chloé Radiguet, Julien Cendres a publié :

  • Raymond Radiguet, Œuvres complètes (Stock, 1993),
  • Raymond Radiguet, Œuvre poétique (La Table ronde, 2001)

Sites

www.lamaisondhorbe.com

http://www.tv5mondeplus.com/video/03-08-2012/maisons-dici-et-dailleurs-e...